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Pas touche à Kiabi, “ma cible c’est l’ultra-fast fashion”, assume Sylvie Valente Le Hir

Hortense de Montalivet
02 avril 2025, 00h00
02 avril 2025, 00h00
Temps de lecture : 4 min

Face aux associations furieuses du nouveau texte de loi anti-fast-fashion qui pourrait être voté au Sénat, la rapporteure, Sylvie Valente Le Hir, persiste et signe: il faut cibler Shein et Temu et laisser Décathlon, Kiabi et Zara tranquilles.

Une future loi anti-fast fashion qui protégerait…la fast fashion? Alors qu’une date d’examen au Sénat se fait toujours attendre, ce que l’on sait de la future loi anti-fast fashion pose déjà débat.

Lors de la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable, le 19 mars dernier, trois amendements de la rapporteure et sénatrice Sylvie Valente Le Hir modifiant chacun des trois articles du texte intitial ont été adoptés.

L’article 1 qui définit la fast fashion a notamment été réécrit, au grand dam des associations qui se battent depuis plusieurs années pour qu’une loi large et coercitive éclose. Face aux critiques l’élue LR (Les Républicains) de l’Oise répond: j’assume!

“J’entends une petite musique qui monte et qui dit que l’on a ‘détricoté’ le texte, mais moi j’assume de faire une loi contre l’ultra fast-fashion. Ma cible, c’est Shein et Temu”, déclare à CM-CM.fr Sylvie Valente Le Hir.

“Je ne veux pas pénaliser les entreprises françaises et européennes”, ajoute-t-elle.

Face aux associations, la rapporteure fait front côté Décathlon

Le texte initial voté à l’Assemblée nationale en mars 2024 prévoit dans son article 1 une définition de la fast fashion fondée sur le nombre de vêtements produits. Mais le texte amendé au Sénat préfère une définition qui prend en compte le nombre de modèles.

“Pas toucher d’un centime une entreprise comme Décathlon ou Kiabi”

Cette différence permettra ainsi de cibler Shein et Temu, soit l’ultra fast-fashion, mais d’épargner une grande partie des enseignes de fast fashion. La rapporteure à l’origine de cet amendement y tient:

“Je ne veux pas toucher d’un centime une entreprise comme Décathlon ou Kiabi”, explique-t-elle à CM-CM.fr. Dans ses nombreuses rencontres avec les acteurs de la mode, elle raconte avoir eu un coup de coeur pour l’enseigne, fleuron de la famille Mulliez.

“La rencontre avec Kiabi m’a touchée. C’est une marque qui s’occupe de chaque consommateur. chaque habitant de nos territoires, de l’enfant à la personne âgée, je ne veux pas toucher ces gens d’un centime”, défend la sénatrice de l’Oise.

Par ailleurs, de cette définition, aussi été exclues explicitement les plateformes de vente multimarques à l’instar d’Asos ou Zalendo.

Préserver certaines marques de fast fashion pour “préserver les centres-villes”

Zara ou H&M, épargnées elles aussi. “Ces marques forment le coeur de nos centres-villes. Par ailleurs des marques comme Zara, H&M font de vrais efforts pour améliorer leur impact environnemental et sont désormais plus contrôlées”, justifie Sylvie Valente Le Hir.

Chez les associations, cet argument consterne.

Depuis quand Zara et H&M préservent les centres-villes?

“Les Zara, H&M et Primark qui s'installent en centre-commerciaux en périphérie contribuent au contraire à abimer les villes! Il y a pas mal d'exemples de commerçants de centre-ville qui luttent contre Primark”, rétorque auprès de CM-CM.fr Pierre Condamine, chargé de campagne surproduction aux Amis de la Terre.

“C'est honnêtement assez étrange parce que toutes les justifications de la rapporteure ne sont pas du tout en accord avec ce qu'elle avait proposé [initialement,NDLR]”, s’étonne-t-il.

L’association fait partie du Collectif Stop Fast fashion qui a déversé mi-mars une montagne de vêtements jetables devant le Sénat pour demander la mise à l’ordre du jour de la loi. À leurs côtés, des organisations militantes de l’économie sociale et solidaire comme Emmaüs par exemple, ou des entreprises de seconde main comme Vestiaire collective.

Les explications de la rapporteur de la loi n’essuient pas leur déconvenue. Et certaines figures, comme Maud Sarda de Label Emmaüs ont d’ores et déjà appelé à une nouvelle mobilisation.

Derrière ce texte qui épargne la fast fashion, la peur d’un mouvement social?

Selon une source bien placée pour observer l’évolution des négociations entre enseignes et politiques, cette redéfinition de la fast-fashion pourrait également permettre au gouvernement de jouer les équilibristes.

Épargner les marques historiques et populaires, mais cibler les géants chinois, permettrait selon elle, de “faire le job politique” en s’évitant un risque majeur: celui d’un nouveau mouvement social d’ampleur à l’instar des Gilets jaunes en 2018. Une sorte de Gilets jaunes de la mode.

Voir plus : "Stop aux rumeurs" : tant qu’il n’y a pas de date officielle de la loi anti-fast fashion au Sénat, les assos restent mobilisées

Catégorie : politique - anti fast fashion

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