Une dizaine d’associations réunies sous le nom de Coalition Stop fast-fashion ont intenté une action vendredi 14 mars à proximité du Sénat. Dix tonnes de vêtements issus de la fast fashion ont été déversées dans la rue jusqu’à former une montagne. Le but : exiger en urgence la mise à l’ordre du jour au Sénat de la loi anti-fast fashion. CM-CM.fr était sur place.
Place André Honnorat, vendredi 14 mars, tout près du Sénat, des tonnes de vêtements dits jetables, issus des plus grandes marques de fast fashion forment un tas gigantesque à même le pavé. Au petit matin, le paysage du très chic 6ème arrondissement de Paris se transforme alors en une montagne de déchets textiles.
Cette opération coup de poing est signée par la Coalition "Stop fast fashion". Ce collectif rassemble une dizaines d’associations qui militent pour une mode plus durable et pour l’essor de la seconde main. Parmi elles se trouvent Emmaüs France, Zero Waste France, le Réseau National des Ressourceries et Recycleries, Halte à l’Obsolescence Programmée, le Réseau Francilien du Réemploi ou encore Fashion Revolution France.
"Avec cette opération, nous interpellons le Premier ministre François Bayrou: nous lui montrons les ravages de l'inaction politique quand il s'agit de la fast fashion", explique à CM-CM.fr Pauline Debrabandere, responsable plaidoyer à Zero Waste France.
Face à une loi anti-fast fashion qui se fait attendre, la colère des assos de la seconde main
Autour de ces bennes qui déversent depuis l’aurore des vêtements sur le sol, la colère des associations se fait de plus en plus bruyante. Voilà plus d’un an que la loi visant à réduire l’impact de l’industrie textile -dite loi anti-fast fashion- a été votée à l’Assemblée nationale. Et toujours aucune trace de la loi au Sénat. Alors même que le texte bénéficiait d’une procédure en accélérée.
D’abord annoncée le 26 mars, comme CM-CM.fr vous l’avez révélé, cette proposition de loi est actuellement bloquée au Sénat, sans plus aucune date de vote.
“L’inertie autour de cette loi est d’autant plus inquiétante qu’une majorité de représentants politiques, d’industriels et d’organisations de la société civile sont alignés sur la nécessité de son adoption. Seules les entreprises concernées par l’application de la loi y sont opposées”, déplore la coalition.
"Nous avons urgemment besoin d'hommes et femmes politiques courageux", insiste Catherine Dauriac, présidente de Fashion Revolution France.
"Une loi ambitieuse et à la hauteur"
Dans un contexte qui se fait de plus en plus difficile pour la seconde main, la dizaine d’associations ne veut plus attendre.
"Nous demandons que la proposition de loi anti-fast fashion soit inscrite à l’ordre du jour du Sénat à l’occasion de la Conférence des présidents, qui se réunira mardi 19 mars prochain", exigent les organisateurs.
La coalition réclame une loi ambitieuse, à la hauteur des enjeux face à la catastrophe sociale et écologique de l’industrie textile à bas coût.
Attention à ne pas pénaliser que Shein et Temu
Fortement visée, les entreprises chinoises Shein et Temu sont celles qui font le plus parler. Mais la loi doit veiller à "concerner l’ensemble du secteur, c’est-à-dire de ne pas cibler uniquement l’ultra fast-fashion incarnée par Shein ou Temu mais également des marques de la fast-fashion comme Zara, Primark, H&M ou Action", insistent les associations.
"Restreindre la portée de la loi à deux marques serait contre-productif et ne permettrait pas de répondre aux problèmes systémiques de l’industrie textile", ajoutent-elles.
Délégué général à Emmaüs France, Tarek Daher rappelle à quel point toutes ces marques saturent les points de collecte des associations.
"Nos structures sont noyées sous la fast fashion et l'ultra-fast fashion. Et elles bouchent les filières d'export. On n'a pas assez de moyens pour traiter tous ces vêtements qui ne servent à rien puisque plus il est de mauvaise qualité, moins un vêtement est recyclable", explique-t-il à CM-CM.fr.
En 2023, c'est 3,3 milliards de produits textiles vendus en France. "Un milliard de plus qu'en 2013, la progression en 10 ans est vertigineuse, on ne peut plus ignorer l'impact environnemental monstrueux", insiste auprès de nous Pierre Condamine, chargé de campagne aux Amis de la Terre.
Un texte de loi qui fait débat
La proposition de loi anti-fast fashion est pourtant bien au calendrier de la commission du développement durable du Sénat qui prévoit de l’examiner mercredi 19 mars. Une rapporteure a également été nommée depuis de longs mois: c’est la membre des Républicains, la sénatrice Sylvie Valente Le Hir, qui portera le texte.
Cette dernière observe de sa circonscription de l'Oise le happening des associations devant le Sénat. Toujours prompte à défendre cette proposition de loi, elle refuse toutefois de "cautionner le désordre", explique-t-elle à CM-CM.fr.
"Le Sénat est totalement mobilisé pour faire aboutir cette loi. Il ne faut pas se tromper de cible", prévient-elle, tout en comprenant "le besoin des associations d'agir médiatiquement".
Outre le lobby de Shein, très actif, comme vous l’avez révélé CM-CM.fr, il semblerait en effet que l’intitulé même du texte soit une des raisons du blocage au plus haut niveau du gouvernement. Selon nos informations, ce dernier souhaite le ciseler "afin d’éviter certains trous dans la raquette et pour être sûre que nos entreprises ne soient pas pénalisés", a-t-on confié à CM-CM.fr.
La loi anti-fast fashion en mai au Sénat ?
Si la ministre de la Transition écologique a déjà dit sa volonté de voir le texte inscrit à l’ordre du jour du Sénat, certaines de ses formulations chagrinent encore Matignon et Bercy, selon nos informations.
La proposition de loi a même fait l’objet d’une réunion inter-ministérielle entre ces trois ministères dans la semaine, preuve que le sujet fait débat tout en restant une priorité.
À l’issue de cette réunion, aucune date d’examen par l’ensemble des sénateurs n’a toutefois été décidée. Selon nos informations, le gouvernement aurait bien l’intention de ne pas attendre le début de l’été pour la faire voter. Certains évoquent le mois de mai, sans que cela ait été pour le moment confirmé.
Catégorie : politique - anti fast fashion

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